Différents tests qui ne se valent pas

Il existe plusieurs types de tests de dépistage per­me­t­tant de savoir si quelqu’un con­somme du cannabis. Ces tests, qui n’ont pas tous la même fiabilité, sont réal­isés à par­tir du prélève­ment de dif­férents milieux biologiques. Com­ment fonc­tionnent-ils ? On regarde ça !

Ce que l’on détecte

Après inhala­tion, env­i­ron 18% du THC, prin­ci­pal pro­duit psy­chotrope du cannabis, pénètre dans la cir­cu­la­tion san­guine. Cette absorp­tion est très rapi­de, puisque les con­cen­tra­tions san­guines max­i­males sont obtenues en 10 min­utes après le début de l’in­hala­tion.1

Le THC se fixe ensuite dans les tis­sus rich­es en graiss­es, entre autre au niveau du cerveau. Le temps de réten­tion de la sub­stance dans ces tis­sus est long : des traces de THC ont été trou­vées dans les urines de per­son­nes à forte con­som­ma­tion jusqu’à trois mois après leur dernier joint.2

Le THC est rapi­de­ment trans­for­mé dans le foie en THC-COOH, qui se forme dans le sang dans les min­utes qui suiv­ent l’in­hala­tion. Ce com­posé se retrou­ve dans l’urine. Le THC inchangé y est présent unique­ment à l’état de traces.2 Les tests de dépistage du cannabis recherchent donc prin­ci­pale­ment dans les urines, la salive et dans le sang le THC ou le THC-COOH for­mé par le foie.

Jusque dans les années 1970, le cannabis était détec­té exclu­sive­ment par les urines. Le développe­ment de méth­odes plus sen­si­bles a per­mis, dans le milieu des années 1990, de détecter et de dos­er les traces de THC dans le sang, la sueur, la salive et les cheveux.

Les différents tests

Dépistage sanguin

Le test de dépistage san­guin per­met de détecter une con­som­ma­tion de cannabis occa­sion­nelle jusqu’à 2 à 7 jours après la dernière prise.3 Cepen­dant, ces valeurs peu­vent rester pos­i­tives après plus d’un mois d’abstinence chez les per­son­nes qui fument quo­ti­di­en­nement. Cette méth­ode per­met notam­ment de con­naître pré­cisé­ment le taux de THC dans le sang.4 C’est donc le test le plus appro­prié dans un con­texte médi­co-légal (par exem­ple pour les acci­dents de la route).5

Dépistage urinaire

Le test de dépistage uri­naire per­met le dépistage rapi­de d’une con­som­ma­tion de cannabis, et cela jusqu’à 3 à 7 jours après une prise occa­sion­nelle.3 Chez les per­son­nes con­som­mant régulière­ment, cette durée peut aller jusqu’à trois mois, les taux de THC-COOH y étant très élevés.2 Ces tests ne per­me­t­tent pas de con­naître les quan­tités con­tenues dans l’urine, ni de savoir si l’urine con­tient du THC-COOH. Un résul­tat posi­tif doit si pos­si­ble être con­fir­mé par une autre méth­ode, car les faux posi­tifs sont pos­si­bles.6 Ces tests sont sen­si­bles à la quan­tité d’eau bue avant le test, celle-ci diluant l’urine7, ain­si qu’à dif­férents adju­vants ajoutés après coup.8 C’est notam­ment pour ces raisons qu’ils sont con­sid­érés comme peu fiables.

Dépistage salivaire

Le test de dépistage par la salive per­met de détecter une con­som­ma­tion récente de cannabis (dans les 6 heures).9 Cepen­dant, on sait que le pas­sage du THC depuis du sang à la salive est très faible. Ce sont en général des résidus de THC qui sont détec­tés, après s’être déposés dans la bouche lors de la fumée. Les tests sali­vaires sont le plus sou­vent util­isés par la police lors des con­trôles routiers. Dans de rares cas doc­u­men­tés, ce type de tests peut don­ner un résul­tat posi­tif jusqu’à 3 jours après un arrêt de la con­som­ma­tion.10 En Suisse et en France, il est pos­si­ble de deman­der une con­fir­ma­tion par analyse san­guine suite à un con­trôle routi­er posi­tif de ce type.11 12

Dépistage au niveau de la sueur

Il existe des tests de dépistage du cannabis qui utilisent la sueur. Celle-ci est toute­fois peu pra­tique car la per­sis­tance du THC dépend du dernier lavage. Ils per­me­t­tent de détecter une con­som­ma­tion récente.Dans la pra­tique, ils sont peu util­isés car trop con­traig­nants, néces­sitant plusieurs jours de récolte au moyen d’un coton au con­tact de la peau, puis l’utilisation de tech­niques onéreuses pour l’analyse.13

Dépistage capillaire

Des tech­niques d’analyse très per­for­mantes per­me­t­tent de détecter la présence de THC dans les cheveux.14 Cette analyse établit les péri­odes de con­som­ma­tion sur plusieurs mois ain­si que leur niveau (faible, moyen ou fort). C‘est l‘unique méth­ode qui per­met de recon­stituer un his­torique com­plet de la con­som­ma­tion sur plusieurs mois en un seul prélève­ment.13 Ces tests sont très onéreux et par­ti­c­ulière­ment longs à réalis­er, donc rarement pre­scrits. De plus, ils sont sen­si­bles à l’exposition à la fumée pas­sive.15

Les temps de détection

Les infor­ma­tions présen­tées dans le graphique qui suit con­cernent les durées de détec­tion du THC. Celles-ci sont fournies unique­ment à des fins d’in­for­ma­tion générale et ne con­stituent en aucun cas un con­seil médi­cal, juridique ou pro­fes­sion­nel. Ces don­nées ne sauraient rem­plac­er l’avis d’un·e pro­fes­sion­nel·le de la san­té ou d’un·e expert·e qual­i­fié·e.

Le GREA décline expressé­ment toute respon­s­abil­ité quant à l’ex­ac­ti­tude, la com­plé­tude ou l’ac­tu­al­ité de ces infor­ma­tions. Les durées de détec­tion peu­vent vari­er con­sid­érable­ment selon des fac­teurs indi­vidu­els, par­mi lesquels : le métab­o­lisme, la fréquence et la quan­tité con­som­mée, la com­po­si­tion cor­porelle, l’âge, l’é­tat de san­té et divers­es vari­ables per­son­nelles. Le GREA ne garan­tit aucune­ment l’applicabilité de ces don­nées dans tous les cas, con­textes ou sit­u­a­tions et ne pour­ra être tenu respon­s­able des con­séquences directes ou indi­rectes résul­tant de leur util­i­sa­tion ou interprétation.

Faire passer un test à quelqu’un d’autre

Au-delà de l’éthique dis­cutable pou­vant men­er à véri­fi­er si une autre per­son­ne con­somme, il s’agit aus­si d’un acte illicite. Faire pass­er un test à toute per­son­ne de plus de 15 ans con­tre son con­sen­te­ment ou à son insu est tout à fait illé­gal.16 Ces lois sont égale­ment val­ables pour le corps médi­cal et pour les par­ents.

Les limites

Il n’ex­iste pas d’outil de dépistage rapi­de, fiable et sim­ple, sans prélève­ment biologique de la con­som­ma­tion de cannabis. On ne peut ain­si pas tester l’haleine, comme c’est le cas pour la con­som­ma­tion d’al­cool avec l’éthy­lotest. Les tests de dépistage uri­naire per­me­t­tent un dépistage rapi­de de la con­som­ma­tion de cannabis mais ont un incon­vénient : ils ne per­me­t­tent pas de dis­tinguer une con­som­ma­tion récente d’une prise plus anci­enne. Ain­si, ces tests ne per­me­t­tent pas d’af­firmer que quelqu’un était sous l’in­flu­ence du cannabis au moment du prélève­ment. En out­re, le recueil des urines doit se faire dans des con­di­tions très strictes, car il est pos­si­ble de fauss­er les résul­tats, par exem­ple en ajoutant de l’eau dans les urines ou en prenant des diuré­tiques. Les tests sali­vaires ne sont pas assez fiables aujour­d’hui, pro­duisant trop de faux posi­tifs ou négatifs pour en faire un out­il de dépistage de masse non invasif. Ces tech­niques sont à cou­pler avec une analyse san­guine en lab­o­ra­toire, qui reste le stan­dard de référence.

Le cannabis à tendance CBD n’est pas indétectable 

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Il a été établi que le cannabis CBD à moins de 1% de THC, ven­du légale­ment en Suisse, peut induire un taux de THC dans le sang supérieur à la lim­ite légale.17 Les tests sali­vaires étant par­ti­c­ulière­ment sen­si­bles, il se peut qu’ils ressor­tent comme posi­tifs. 

En cas de con­som­ma­tion de CBD, il vaut donc mieux de s’abstenir de pren­dre la route. Il est préférable de par­tir du principe que les durées à respecter sont sim­i­laires à celles qui font foi pour le cannabis classique.

  1. Huestis, M. A. (2007). Human Cannabi­noid Phar­ma­co­ki­net­ics. Chem­istry & bio­di­ver­si­ty, 4(8), 1770‑1804.[]
  2. Van­de­venne, M., Van­den­buss­che, H., & Ver­straete, A. (2000). Detec­tion time of drugs of abuse in urine. Acta Clin­i­ca Bel­gi­ca, 55(6), 323‑333.[][][]
  3. Musshoff, F., & Madea, B. (2006). Review of bio­log­ic matri­ces (urine, blood, hair) as indi­ca­tors of recent or ongo­ing cannabis use. Ther­a­peu­tic Drug Mon­i­tor­ing, 28(2), 155‑163.[][]
  4. Impact of Pro­longed Cannabi­noid Excre­tion in Chron­ic Dai­ly Cannabis Smok­ers’ Blood on Per Se Drugged Dri­ving Laws — PMC. (s. d.). Con­sulté 13 juin 2024, à l’adresse[]
  5. Wid­mer, N., Buclin, T., & Augs­burg­er, M. (2008). Dépistage des sub­stances d’abus. Phar­ma-Flash, 35(2‑3), 5‑12.[]
  6. Impact of Pro­longed Cannabi­noid Excre­tion in Chron­ic Dai­ly Cannabis Smok­ers’ Blood on Per Se Drugged Dri­ving Laws — PMC. (s. d.).[]
  7. Cone, E. J., Lange, R., & Dar­win, W. D. (1998). In vivo adul­ter­ation : Excess flu­id inges­tion caus­es false-neg­a­tive mar­i­jua­na and cocaine urine test results. Jour­nal of Ana­lyt­i­cal Tox­i­col­o­gy, 22(6), 460‑473.[]
  8. Rajšić, I., Javo­rac, D., Tatović, S., Repić, A., Đuk­ić-Ćosić, D., Đorđe­vić, S., Luk­ić, V., & Bulat, Z. (2020). Effect of Urine Adul­ter­ants on Com­mer­cial Drug Abuse Screen­ing Test Strip Results. Archives of Indus­tri­al Hygiene and Tox­i­col­o­gy, 71(1), 87‑93.[]
  9. Il s’agit d’un croise­ment des sources entre le seuil de détec­tion des tests util­isés en France : Test sali­vaire cannabis (THC) — Nar­coCheck. (s. d.).[]
  10. Ther­a­peu­tic Drug Mon­i­tor­ing. (s. d.).[]
  11. Dépistage routi­er des stupé­fi­ants : L’analyse sali­vaire rem­place l’analyse de sang. (s. d.). Drogues Info Ser­vice.[]
  12. swissinfo.ch, S. W. I. (2004, juil­let 22). Tolérance zéro pour la drogue au volant. SWI swissinfo.ch.[]
  13. Huestis, M. A., Schei­d­weil­er, K. B., Saito, T., Fort­ner, N., Abra­ham, T., Gustafson, R. A., & Smith, M. L. (2008). Excre­tion of Δ9-Tetrahy­dro­cannabi­nol in Sweat. Foren­sic sci­ence inter­na­tion­al, 174(2‑3), 173‑177.[][]
  14. Tay­lor, M., Lees, R., Hen­der­son, G., Lingford-Hughes, A., Macleod, J., Sul­li­van, J., & Hick­man, M. (2017). Com­par­i­son of cannabi­noids in hair with self-reported cannabis con­sump­tion in heavy, light and non-cannabis users. Drug and Alco­hol Review, 36(2), 220‑226.[]
  15. Moos­mann, B., Roth, N., & Auwärter, V. (2015). Find­ing cannabi­noids in hair does not prove cannabis con­sump­tion. Sci­en­tif­ic Reports, 5, 14906.[]
  16. Armen­gaud, V. J., Car­ole-Anne Baud, Olivi­er Simon, Jean-Bap­tiste. (2022, mars 10). Mon enfant fume-t-il du cannabis ? Du mésusage des tests uri­naires. pädi­a­trie schweiz.[]
  17. Häden­er, M., Gel­mi, T. J., Mar­tin-Fab­ri­tius, M., Wein­mann, W., & Pfäf­fli, M. (2019). Cannabi­noid con­cen­tra­tions in con­fis­cat­ed cannabis sam­ples and in whole blood and urine after smok­ing CBD-rich cannabis as a « tobac­co sub­sti­tute ». Inter­na­tion­al Jour­nal of Legal Med­i­cine, 133(3), 821‑832.[]