Cannabis et chimie du cerveau
L’interaction entre le cannabis et le cerveau est complexe. En ce qui concerne la mémoire, de nombreuses études scientifiques ont approfondi notre compréhension de la manière dont le THC peut altérer son fonctionnement.
Des changements dans l’hippocampe des souris à la suite de l’administration de THC ont été remarqués. Ils pouvaient être apparentés à des difficultés de mémorisation à court terme, particulièrement lorsque de la concentration est requise. Ce même type d’effet a été constaté chez l’humain.1
Sous cannabis, certaines personnes voient ainsi leur attention diminuer, spécialement pour les tâches longues et ennuyeuses. Elles éprouvent des difficultés à se remémorer des listes de mots et à réagir dans le temps imparti.2
Cannabis et mémoire
En se concentrant uniquement sur les résultats scientifiques de haute qualité, les domaines de l’apprentissage et de la mémoire sont les seuls affectés à long terme même après l’arrêt du cannabis.3 Ces effets sont relativement faibles mais tout de même perceptibles. En ce qui concerne les conséquences sous les effets aigus du cannabis, une analyse systématique conclut que l’usage oral de THC à dose faible à moyenne ne semble pas affecter la mémoire. En revanche, l’usage à long terme de cannabis vaporisé ou fumé a des effets notoires sur la mémorisation. Il s’agirait donc d’un effet dose-dépendant : des fortes doses absorbées rapidement peuvent induire des difficultés des mémorisation.4
La mémoire semble surtout affectée pour les tâches complexes et prospectives (dans le but de faire une action). Par exemple, se souvenir d’une association de deux mots ou d’un évènement passé n’est pas particulièrement compliqué sous l’effet du cannabis. Les difficultés apparaissent surtout dans les tests nécessitant des calculs avec des chiffres mémorisés ou des listes de mots à restituer à l’écrit.5
Cannabis, adolescence et QI
Dans le cas d’une consommation de cannabis effectuée tôt dans l’adolescence et de façon importante, une faible diminution de certaines facultés intellectuelles pourrait s’avérer permanente. Une récente méta-étude conclut qu’une perte d’environ 2 points de QI est remarquée chez les consommat·eurs·rices chroniques de longue date même après l’arrêt de la consommation.6
Cependant, de nombreux facteurs pourraient expliquer cette faible différence, tels que le niveau d’éducation, le contexte familial, le plus haut taux de personnes souffrant de troubles psychiatriques chez les consommateurs et consommatrices chroniques, etc… L’écart est suffisamment faible pour qu’il ne soit pas considéré comme réellement significatif.6
Comme expliqué dans la partie sur le déficit attentionnel, le cerveau est remarquablement capable de se réorganiser pour assurer ses fonctions. Il n’est pas impossible que le cannabis ait des conséquences sur d’autres plans psychologiques ou cognitifs, mais le QI ne semble pas réellement en faire partie.
- BroydHYPERLINK « https://doi.org/10.1016/j.biopsych.2015.12.002 » , S. J., van Hell, H. H., Beale, C., Yücel, M., & Solowij, N. (2016). Acute and Chronic Effects of Cannabinoids on Human Cognition‑A Systematic Review. Biological Psychiatry, 79(7), 557‑567.[↑]
- Broyd, S. J., van Hell, H. H., Beale, C., Yücel, M., & Solowij, N. (2016). Acute and Chronic Effects of Cannabinoids on Human Cognition‑A Systematic Review. Biological Psychiatry, 79(7), 557‑567.[↑]
- Grant, I., Gonzalez, R., Carey, C. L., Natarajan, L., & Wolfson, T. (2003). Non-acute (residual) neurocognitive effects of cannabis use : A meta-analytic study. Journal of the International Neuropsychological Society : JINS, 9(5), 679‑689.[↑]
- Wieghorst, A., Roessler, K. K., Hendricks, O., & Andersen, T. E. (2022). The effect of medical cannabis on cognitive functions : A systematic review. Systematic Reviews, 11, 210.[↑]
- Earleywine, M. (2002). Understanding marijuana : A new look at the scientific evidence. Oxford University Press.[↑]
- Power, E., Sabherwal, S., Healy, C., O’ Neill, A., Cotter, D., & Cannon, M. (s. d.). Intelligence quotient decline following frequent or dependent cannabis use in youth : A systematic review and meta-analysis of longitudinal studies. Psychological Medicine, 51(2), 194‑200.[↑][↑]
