Une appréciation du cannabis qui se transmet

L’usage du cannabis est lié à des fac­teurs mul­ti­ples, d’ordre biologique, psy­chologique, et bien sûr social. Nous le ver­rons, chez les ado­les­cent·es, la con­som­ma­tion ou non de sub­stances psy­choac­tives par leurs par­ents et leurs pairs con­stituent les prin­ci­paux déter­mi­nants soci­aux liés à la prise de cannabis. Les femmes vic­times de pho­bie sociale con­stitueraient elles aus­si une pop­u­la­tion facile­ment influençable.

Pour les jeunes

L’influence par les pairs : un concept complexe

L’influence sociale a été iden­ti­fiée comme une cause pou­vant ini­ti­er la prise de drogue chez les indi­vidus, et en par­ti­c­uli­er chez les jeunes. Par­mi ces dernièr·es, une faible estime de soi et un besoin de recon­nais­sance par lentourage sont en effet des fac­teurs d’influ­ence, voire de mise sous pres­sion d’autrui.1

Le rôle des influ­ences sociales ne peut toute­fois se résumer aux con­di­tions extérieures à l’individu : la prise de drogue est aus­si un acte con­scient de sa part car il choisit la com­pag­nie de con­som­ma­tri­ces et con­som­ma­teurs de drogues, qui partagent en cela les mêmes normes et valeurs. Le recours aux sub­stances psy­choac­tives appa­raît de ce point de vue-là comme une inci­ta­tion par les « préférences des pairs » davan­tage que comme une action com­pul­sive ou répon­dant à une inadéqua­tion sociale.2

Le comportement du groupe comme référence

Un·e jeune qui a l’habitude de fréquenter un groupe d’ami·es ou de cama­rades de classe va forte­ment cal­quer son com­porte­ment sur la majorité de ses mem­bres. À moins qu’il n’y existe un sous-groupe suff­isam­ment impor­tant (au moins un quart de l’effectif glob­al) au point de vue dif­férent, l’ado­les­cent·e est enclin·e à se con­former à la ten­dance générale afin d’affirmer son appar­te­nance au groupe. De fait, l’initiation au cannabis est le plus sou­vent col­lec­tive. Qui plus est et bien que cela soit sage et dans cer­tain cas médi­cale­ment plus sûr, il est dif­fi­cile pour un·e jeune de 16 ans de refuser du cannabis dans un espace où des jeunes gens plus âgés sont en train de fumer.3

Chercher la normalité par l’anti-conformisme

Fumer du cannabis est, pour cer­tain·es jeunes, un geste banal­isé. Il fait par­tie inté­grante de notre société de con­som­ma­tion, au même titre que tout autre bien. De la même manière qu’il est nor­mal dans la société d’avoir un télé­phone portable et une mobylette, s’abstenir de fumer du cannabis peut s’assimiler à un com­portement déviant dans cer­tains groupes soci­aux.4

Par ailleurs, un jeune homme ou une jeune femme dont le com­porte­ment diverge de celui de son groupe sera plus sus­cep­ti­ble d’être perçu·e comme orig­i­nal·e ou bizarre, et pour­ra être l’objet de rail­leries par ses pairs.3

Pren­dre du cannabis est alors un com­porte­ment nor­mal­isant, une façon de s’attirer le respect des autres. Tirer sur un joint est en effet con­sid­éré comme plus pres­tigieux qu’allumer une cig­a­rette. Ce pres­tige con­féré à la prise de cannabis est intime­ment lié à l’image du con­som­ma­teur ou de la con­som­ma­trice de mar­i­jua­na : celle d’une per­son­ne à la vie exci­tante et – mal­gré une nor­mal­ité selon les codes du groupe – anti-con­ven­tion­nelle. Se rap­procher de cet arché­type, qui n’est pas gage de matu­rité, per­met de partager un mode de vie avec les autres per­son­nes qui s’y retrou­vent.

Un comportement émancipateur

Attisée par la curiosité et la rébel­lion, la prise de cannabis est aus­si l’occasion de « faire des choses cools » et de remet­tre en ques­tion les valeurs trans­mis­es par les par­ents en co-con­struisant avec ses pairs son pro­pre sys­tème de références. À cet égard, elle peut être con­sid­érée comme un mar­queur de prise d’autonomie5, qui per­me­t­tra de paraître plus adulte pour mieux s’in­té­gr­er à la société.

L’influence familiale

C’est auprès des par­ents que les enfants et adolescent·es for­gent le socle d’où émerg­eront leurs valeurs futures. La ques­tion se pose alors de savoir si le com­porte­ment parental, pos­si­ble­ment addic­tif, joue un rôle dans la déci­sion d’une jeune per­son­ne à pren­dre de la drogue.

À ce titre, l’image du père est prépondérante. La con­som­ma­tion actuelle ou passée de ce dernier con­stituerait un fac­teur déter­mi­nant, impli­quant un risque non nég­lige­able de prise de cannabis chez le fils ou chez la fille, tan­dis que le com­porte­ment de la mère, con­som­ma­trice ou non, aurait peu d’influence.6 Ce résul­tat peut être mis en par­al­lèle aux études sur les trou­bles des con­duites ado­les­centes, qui ont mon­tré l’influence impor­tante du père, dont les com­porte­ments anti­so­ci­aux ou la con­som­ma­tion de sub­stances psy­choac­tives sont les fac­teurs de risques le plus sou­vent retrouvés.

Par con­tre, le fait que les par­ents ne con­som­ment pas de pro­duits psy­choac­t­ifs n’induit pas for­cé­ment une absti­nence de l’enfant. Cette adop­tion du mod­èle parental dépend grande­ment de la qual­ité des rela­tions qui unis­sent par­ents et enfants, ain­si que de leur continuité.

L’opinion des parents vis-à-vis de la question du cannabis compte-t-elle ? 

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Quand les par­ents sont hos­tiles à la prise de cannabis, cette dés­ap­pro­ba­tion n’aurait que peu d’effet sur la con­som­ma­tion des enfants.

Deux com­men­taires s’imposent ici. Tout d’abord, pré­cisons qu’il existe bien une influ­ence de l’opinion parentale quant à l’usage de sub­stances, mais celle-ci exerce son effet max­i­mal durant la préado­les­cence. D’autre part, la plu­part des par­ents sem­ble désorienté·es par le dis­cours ambiant (relayé par les médias), par­fois con­tra­dic­toire con­cer­nant le cannabis : « quels sont ses effets san­i­taires ? », « peut-il entraîn­er une addic­tion ? », « des com­porte­ments dan­gereux ? ».7 Ce flou n’aide pas les par­ents à tenir des pro­pos préven­tifs cohérents et con­va­in­cants. Par ailleurs, il les laisse démuni·es et découragé·es devant une habi­tude de con­som­ma­tion de leurs enfants déjà ancrée. Ces raisons peu­vent expli­quer le manque d’influence de l’opinion parentale.

L’adolescence est une péri­ode de vul­néra­bil­ité au cours de laque­lle peut sur­venir une rup­ture des liens soci­aux. Les analy­ses mon­trent que des rela­tions con­flictuelles avec ses pairs, menant à l’extrême à un rejet, font peser sur l’ado­les­cent·e un risque impor­tant de dépen­dance au cannabis. Les con­flits avec la famille ain­si que l’anxiété ont un rôle essen­tiel mais sec­ondaire.8

Peur des autres et consommation de cannabis

La pho­bie sociale, qui peut être résumée comme la peur à être en société, c’est-à-dire en inter­ac­tion avec les autres, est le trou­ble anx­ieux le plus répan­du dans la pop­u­la­tion, avec une pré­va­lence de 13%. Les indi­vidus qui y sont sus­cep­ti­bles éprou­vent une peur intense d’être éval­ué·es de façon néga­tive et préfèrent éviter les sit­u­a­tions sociales stres­santes. Or, ces mêmes per­sonnes présen­tent des taux élevés de dépen­dance au cannabis.

Dans ces cas d’hyper-anx­iété, il sem­ble que l’entourage per­me­tte encore de faire le lien entre prise de cannabis et trou­bles de l’anxiété, mais ce con­stat se retrou­ve unique­ment chez les femmes.9 Ces dernières, dont les rela­tions avec leurs proches, très impor­tantes à leurs yeux, sont détéri­orées, seraient forte­ment influ­ençables. Elles rechercheraient à res­taurer leurs relations sociales via la con­som­ma­tion de cannabis. La sub­stance joue alors le rôle de fac­teur de cohé­sion au sein d’un groupe ou d’anx­i­oly­tique auto-pre­scrit. Ces obser­va­tions restent toute­fois à con­firmer, notam­ment en ce qui con­cerne l’immunité rel­a­tive des hommes vic­times de pho­bie sociale con­tre ce phénomène.

  1. Nation­al drugs préven­tion[]
  2. Cog­gans N. & coll. (1994), Drug use amongst peers : peer pres­sure or per pref­er­ence ?, Drugs : edu­ca­tion, pre­ven­tion and pol­i­cy, 1 (1), 15 – 26.[]
  3. CannabisNews.com : The peer pres­sure to use cannabis. (s. d.).[][]
  4. Menghra­jani P. & coll. (2006), Swiss ado­les­cents and adults per­cep­tions of cannabis use : a qual­i­tive study, Health Edu­ca­tion Research, 20(4), 476 – 484.[]
  5. Inserm (2001), Cannabis : Quels effets sur le com­porte­ment et la san­té?. Syn­thèse et recom­man­da­tions, édi­tions INSERM, Paris.[]
  6. Chabrol H. (2008), Con­tri­bu­tion des influ­ences parentales et sociales à la con­som­ma­tion de cannabis chez des ado­les­cents sco­lar­isés, L’Encéphale, 34, 8 – 16.[]
  7. Menghra­jani P. & coll. (2006), Swiss ado­les­cents and adults per­cep­tions of cannabis use : a qual­i­tive study, Health Edu­ca­tion Research, 20(4), 476 – 484.[]
  8. 10[]
  9. 11[]