L’influence par les pairs : un concept complexe

L’influence sociale a été iden­ti­fiée comme une cause pou­vant ini­ti­er la prise de drogue chez les indi­vidus, et en par­ti­c­uli­er chez les jeunes. Par­mi ces dernièr·es, une faible estime de soi et un besoin de recon­nais­sance par lentourage sont en effet des fac­teurs d’influ­ence, voire de mise sous pres­sion d’autrui.1

Le rôle des influ­ences sociales ne peut toute­fois se résumer aux con­di­tions extérieures à l’individu : la prise de drogue est aus­si un acte con­scient de sa part car il choisit la com­pag­nie de con­som­ma­tri­ces et con­som­ma­teurs de drogues, qui partagent en cela les mêmes normes et valeurs. Le recours aux sub­stances psy­choac­tives appa­raît de ce point de vue-là comme une inci­ta­tion par les « préférences des pairs » davan­tage que comme une action com­pul­sive ou répon­dant à une inadéqua­tion sociale.2

L’influence familiale

C’est auprès des par­ents que les enfants et adolescent·es for­gent le socle d’où émerg­eront leurs valeurs futures. La ques­tion se pose alors de savoir si le com­porte­ment parental, pos­si­ble­ment addic­tif, joue un rôle dans la déci­sion d’une jeune per­son­ne à pren­dre de la drogue.

À ce titre, l’image du père est prépondérante. La con­som­ma­tion actuelle ou passée de ce dernier con­stituerait un fac­teur déter­mi­nant, impli­quant un risque non nég­lige­able de prise de cannabis chez le fils ou chez la fille, tan­dis que le com­porte­ment de la mère, con­som­ma­trice ou non, aurait peu d’influence.3 Ce résul­tat peut être mis en par­al­lèle aux études sur les trou­bles des con­duites ado­les­centes, qui ont mon­tré l’influence impor­tante du père, dont les com­porte­ments anti­so­ci­aux ou la con­som­ma­tion de sub­stances psy­choac­tives sont les fac­teurs de risques le plus sou­vent retrouvés.

Par con­tre, le fait que les par­ents ne con­som­ment pas de pro­duits psy­choac­t­ifs n’induit pas for­cé­ment une absti­nence de l’enfant. Cette adop­tion du mod­èle parental dépend grande­ment de la qual­ité des rela­tions qui unis­sent par­ents et enfants, ain­si que de leur continuité.

L’opinion des parents vis-à-vis de la question du cannabis compte-t-elle ? 

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Quand les par­ents sont hos­tiles à la prise de cannabis, cette dés­ap­pro­ba­tion n’aurait que peu d’effet sur la con­som­ma­tion des enfants.

Deux com­men­taires s’imposent ici. Tout d’abord, pré­cisons qu’il existe bien une influ­ence de l’opinion parentale quant à l’usage de sub­stances, mais celle-ci exerce son effet max­i­mal durant la préado­les­cence. D’autre part, la plu­part des par­ents sem­ble désorienté·es par le dis­cours ambiant (relayé par les médias), par­fois con­tra­dic­toire con­cer­nant le cannabis : « quels sont ses effets san­i­taires ? », « peut-il entraîn­er une addic­tion ? », « des com­porte­ments dan­gereux ? ».4 Ce flou n’aide pas les par­ents à tenir des pro­pos préven­tifs cohérents et con­va­in­cants. Par ailleurs, il les laisse démuni·es et découragé·es devant une habi­tude de con­som­ma­tion de leurs enfants déjà ancrée. Ces raisons peu­vent expli­quer le manque d’influence de l’opinion parentale.

L’adolescence est une péri­ode de vul­néra­bil­ité au cours de laque­lle peut sur­venir une rup­ture des liens soci­aux. Les analy­ses mon­trent que des rela­tions con­flictuelles avec ses pairs, menant à l’extrême à un rejet, font peser sur l’ado­les­cent·e un risque impor­tant de dépen­dance au cannabis. Les con­flits avec la famille ain­si que l’anxiété ont un rôle essen­tiel mais sec­ondaire.5

  1. Nation­al drugs préven­tion[]
  2. Cog­gans N. & coll. (1994), Drug use amongst peers : peer pres­sure or per pref­er­ence ?, Drugs : edu­ca­tion, pre­ven­tion and pol­i­cy, 1 (1), 15 – 26.[]
  3. Chabrol H. (2008), Con­tri­bu­tion des influ­ences parentales et sociales à la con­som­ma­tion de cannabis chez des ado­les­cents sco­lar­isés, L’Encéphale, 34, 8 – 16.[]
  4. Menghra­jani P. & coll. (2006), Swiss ado­les­cents and adults per­cep­tions of cannabis use : a qual­i­tive study, Health Edu­ca­tion Research, 20(4), 476 – 484.[]
  5. 10[]