Plus sûr et sur mesure

Comme toutes les activ­ités de la vie quo­ti­di­enne, l’usage de cannabis implique des risques. Si pour l’al­cool nous dis­posons de plusieurs décen­nies d’é­tudes assez pré­cis­es sur les effets et les risques à dif­férentes dos­es, la sit­u­a­tion est loin d’être aus­si claire pour le cannabis. Mal­gré tout, cer­taines études pro­posent des pistes pour définir et encour­ager ce qui con­stituerait une con­som­ma­tion « à moin­dre risque ».  Il reste essen­tiel de rap­pel­er que toute sit­u­a­tion de con­som­ma­tion doit être éval­uée indi­vidu­elle­ment, en ten­ant compte du con­texte, des habi­tudes et des vul­néra­bil­ités pro­pres à chaque personne.

Les principaux risques

Les risques encou­rus en con­som­mant du cannabis sont indénom­brables et dépen­dent forte­ment de la sit­u­a­tion de l’individu. On peut les dif­férenci­er qua­tre grandes caté­gories : socio-légaux, biologiques, psy­chiques et économiques.

  • Les risques soci­aux con­cer­nent surtout les con­séquences pour les per­son­nes con­som­mant du cannabis dans leur cer­cle famil­ial, pro­fes­sion­nel et de proches. À cela s’ajoutent les risques légaux, qui peu­vent être une dif­fi­culté finan­cière, une restric­tion de la lib­erté des util­isa­teurs et util­isatri­ces de cannabis et une nui­sance à leur répu­ta­tion. Ces risques sont sou­vent dif­fi­ciles à réduire par des actions individuelles.
  • Les risques biologiques sont intrin­sèque­ment liés au développe­ment de mal­adies ou d’une plus grande sen­si­bil­ité à celles-ci. La réduc­tion des risques à leur sujet est par­ti­c­ulière­ment dévelop­pée et bien étudiée.
  • Les risques psy­chiques pren­nent en con­sid­éra­tion les inter­ac­tions entre le cannabis et les mal­adies men­tales. L’addiction au cannabis est égale­ment un fac­teur d’importance com­pris dans les risques psychiques.
  • Finale­ment, les risques économiques com­pren­nent les prob­lèmes d’argent, les dettes et les dif­fi­cultés finan­cières en général. Le cannabis coûte sou­vent assez cher, surtout pour les per­son­nes qui en con­som­ment en quan­tité.Bien enten­du, cette sépa­ra­tion en caté­gories n’est qu’un prisme, séparant dif­férentes facettes de risques qui en réal­ité s’influencent entre eux. Ain­si, avoir une inscrip­tion dans le casi­er judi­ci­aire induit à la fois un risque légal mais aus­si économique pour trou­ver de l’emploi, et peut à terme men­er à un isole­ment qui affecte l’état psychique.

Stratégies et recommandations de réduction des risques

En général

Les recom­man­da­tions qui suiv­ent sont issues des recherch­es clin­iques de ces dernières années, les Low­er-Risk Cannabis Use Guide­lines (recom­man­da­tions d’usage de cannabis à moin­dres risques).1 Elles restent générales et ne sont pas trans­pos­ables à toutes les con­som­ma­tions. Il est aus­si néces­saire de rap­pel­er que cer­taines per­son­nes peu­vent ne pas les respecter dans leur inté­gral­ité sans pour autant dévelop­per de prob­lème men­tal, physique, financier ou social.

  • Ne pas com­mencer à l’adolescence : de nom­breuses études mon­trent un risque plus élevé de dépen­dance et de prob­lèmes latents en cas de con­som­ma­tion avant 18 ans. Actuelle­ment, on relève prin­ci­pale­ment des cor­réla­tions, mais il est pos­si­ble que l’usage de cannabis soit la cause de cer­tains de ces problèmes.
  • Choisir cor­recte­ment ses pro­duits de cannabis : L’usage de cannabis à hauts taux de THC a été iden­ti­fié comme un fac­teur de risque pour l’apparition de plusieurs effets sec­ondaires tels que les prob­lèmes psy­chi­a­triques ou la dépen­dance. Il est donc préférable de con­som­mer des var­iétés plus faibles en THC ou de main­tenir des dos­es aus­si moin­dres que pos­si­ble.
  • Réfléchir à sa méth­ode de con­som­ma­tion : le cannabis est le plus couram­ment fumé, mais cela expose à des risques pul­monaires plus impor­tants qu’avec les autres modes de con­som­ma­tion. Le mélange avec le tabac aug­mente égale­ment le risque de can­cers et de dou­ble dépendance.
  • Restrein­dre sa fréquence de con­som­ma­tion : une haute fréquence de con­som­ma­tion (quo­ti­di­enne) est un pré­dicteur de prob­lèmes aigus ou chroniques liés à l’usage de cannabis. L’usage occa­sion­nel devrait donc être priv­ilégié (une fois par semaine ou en week-end unique­ment) si pos­si­ble, avec des plus longues paus­es de temps à autre.
  • Ne pas con­duire de véhicules sous influ­ence : l’usage de cannabis ne devrait pas se faire dans les 6 heures avant la con­duite d’un véhicule, car une aug­men­ta­tion des risques d’accident a été démon­trée dans ces délais.
  • Ne pas con­som­mer lorsqu’on est à risque élevé : les femmes enceintes, les per­son­nes avec des antécé­dents famil­i­aux de psy­choses ain­si que les mineur·es devraient éviter de con­som­mer du cannabis. Les risques de départ de psy­chose pour les per­son­nes avec un mem­bre de la famille de pre­mier degré ayant eu une psy­chose sont dou­blés en cas de con­som­ma­tion de cannabis. Les femmes enceintes fumant du cannabis ont plus de chance de dévelop­per une anémie, de voir le poids du bébé réduit à la nais­sance et que ce dernier soit placé en soins néonataux.

Mélange avec d’autres psychotropes 

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Le cannabis est fréquem­ment asso­cié au tabac2, ain­si qu’à l’alcool3. La poly­con­som­ma­tion (mélange de sub­stances) aug­mente à la fois les risques de prob­lèmes de san­té et d’addiction2 3. Afin de lim­iter les risques, l’usage de cannabis devrait idéale­ment être décou­plé d’autres types de con­som­ma­tions, surtout en cas d’usage réguli­er. Un·e spé­cial­iste en addic­tion peut con­stituer une aide pré­cieuse pour défaire les sché­mas com­plex­es d’addic­tions à plusieurs substances.

Lors de la consommation

La réduc­tion des risques est un ensem­ble de mesures et de straté­gies pour min­imiser les dom­mages évita­bles. Dans le cadre de l’usage de cannabis, il existe plusieurs out­ils pour dimin­uer les risques aux­quels on s’expose en tant que con­som­ma­teur ou con­som­ma­trice. La liste qui suit est non-exhaustive.

  • L’usage de cannabis oral per­met d’éviter la com­bus­tion, ce qui est moins dom­mage­able que de fumer le cannabis. C’est aus­si une solu­tion plus économique car elle néces­site une plus petite quan­tité de sub­stance. L’usage oral a cepen­dant aus­si des incon­vénients, notam­ment au niveau du dosage et de la durée des effets.
  • La vapor­i­sa­tion ne pro­duit pas non plus de com­bus­tion, et est aus­si plus économique. Par ailleurs, ses effets durent env­i­ron aus­si longtemps que pour le cannabis fumé. C’est aus­si un moyen d’éviter d’ajouter de du tabac au cannabis. Mal­gré tout, les vapor­isa­teurs ont un cer­tain coût d’acquisition, qui finit par s’amortir plus ou moins vite.
  • Les fil­tres au char­bon act­if sont sup­posés effi­caces pour lim­iter l’exposition aux goudrons et sub­stances can­cérigènes de la fumée.4 Leur pou­voir fait toute­fois débat, et ils pour­raient même être con­tre­pro­duc­tifs, inci­tant à de plus grandes bouf­fées.56 Ce qui est sûr, c’est qu’ils ne réduisent pas sig­ni­fica­tive­ment la quan­tité de THC inhalée4 et qu’ils ne sont pas aus­si effi­caces que les vaporisateurs.
  • L’ar­rêt du tabac est une mesure effi­cace pour réduire ses risques de mal­adies pul­monaires et car­diaques ain­si que de can­cer. C’est aus­si une stratégie utile pour prévenir les addic­tions. Le tabac crée sou­vent une co-dépen­dance avec le cannabis.
  • Les var­iétés de cannabis à plus haut taux de CBD réduisent l’apparition de crises psy­cho­tiques et une par­tie des effets car­dio­vas­cu­laires négat­ifs également.
  • La réduc­tion de sa con­som­ma­tion est une des meilleures méth­odes pour lim­iter tous les aspects négat­ifs de l’usage de cannabis.
  • Des paus­es de cannabis régulières per­me­t­tent de baiss­er sa tolérance, et avec elle la crois­sance des quan­tités con­som­mées. C’est aus­si un bon garde-fou con­tre le développe­ment d’addictions.
  • La con­sul­ta­tion d’un·e professionnel·le en addic­tions peut aider à réduire cer­tains effets négat­ifs de la con­som­ma­tion régulière de cannabis.
Statistics
  1. Fis­ch­er, B., Rus­sell, C., Sabion­i­HY­PER­LINK « https://doi.org/10.2105/AJPH.2017.303818 » , P., van den Brink, W., Le Foll, B., Hall, W., Rehm, J., & Room, R. (2017). Low­er-Risk Cannabis Use Guide­lines : A Com­pre­hen­sive Update of Evi­dence and Rec­om­men­da­tions. Amer­i­can Jour­nal of Pub­lic Health, 107(8), e1‑e12.[]
  2. Chu, A., Chaiton, M., Kauf­man, P., Good­win, R. D., Lin, J., Hin­docha, C., Good­man, S., & Ham­mond, D. (2023). Co-Use, Simul­ta­ne­ous Use, and Mix­ing of Cannabis and Tobac­co : A Cross-Nation­al Com­par­i­son of Cana­da and the US by Cannabis Admin­is­tra­tion Type. Inter­na­tion­al Jour­nal of Envi­ron­men­tal Research and Pub­lic Health, 20(5), 4206.[][]
  3. Gunn, R. L., Aston, E. R., & Metrik, J. (2022). Pat­terns of Cannabis and Alco­hol Co-Use : Sub­sti­tu­tion Ver­sus Com­ple­men­tary Effects. Alco­hol Research : Cur­rent Reviews, 42(1), 04.[][]
  4. Sam­bi­a­go, N., Auer, R., Wittmer, M., Schoeni, A., & Berthet, A. (2023). Tox­i­co­log­i­cal assess­ment of aerosols emit­ted by three cannabis inhala­tion meth­ods : Joints, vapor­iz­ers, and Elec­tron­ic Non-Nico­tine Deliv­ery Sys­tems (ENNDS).[][]
  5. La fraude du fil­tre — AT Schweiz. (s. d.).[]
  6. []