Un business facile à intégrer

Ne néces­si­tant que peu de soins et s’adaptant à de nom­breux cli­mats et envi­ron­nements dif­férents, que cela soit en milieu extérieur ou en intérieur, le cannabis est facile à cul­tiv­er.1 Après sa récolte, la plante subit peu de trans­for­ma­tions avant de pou­voir être con­som­mée sous forme de joint, réal­isé avec des fleurs de cannabis ou de la résine (haschich ou « shit »). C’est pour cela qu’une par­tie du cannabis con­som­mé aujourd’hui est pro­duit locale­ment et en rel­a­tive­ment faible — quelques plants par les per­son­nes con­som­mant elles-mêmes ou leurs proches. Une fois que leurs cul­tures ont atteint un peu d’ampleur, certain·es, pour la plu­part en sit­u­a­tion de pré­car­ité ou d’insécurité, se lais­sent ten­ter par l’idée d’en faire une source de revenu com­plé­men­taire, inté­grant les mail­lons d’un marché illé­gal mondialisé.

La chaîne de revente

La chaîne de revente est sou­vent reliée à des impor­ta­tions ou un traf­ic inter­na­tional suiv­ant un réseau de vente de cannabis com­plexe à plusieurs niveaux. Entre la prod­uction et l’achat final, on peut compt­abilis­er jusqu’à trois étapes inter­mé­di­aires, cha­cun·e cher­chant à tir­er une marge béné­fi­ci­aire du ser­vice ren­du.2

Le traf­ic de cannabis est une entre­prise qui rap­porte. Dun·e semi-grossiste, qui achète par kilo­gramme, à la per­son­ne qui con­somme à la fin et qui n’achète que quelques grammes, le prix fluctue con­sid­érable­ment. Celui de la résine de cannabis peut être mul­ti­plié par 4 à 5 fois, de 1400 €/kg à 6000 €/kg par exem­ple.3 En France en 2005, entre 700 et 1500 semi-grossistes ont écoulé de 130 à 300 kg de cannabis, générant un béné­fice brut indi­vidu­el com­pris entre 250 000 et 550 000 euros annuels. Mais d’autres indi­vidus dans cet écosys­tème sont payés une mis­ère, comme les guet­teurs et guet­teuses. Sur­veil­lant l’arrivée de la police et prenant des risques impor­tants, leur revenu est d’à peine 90€ par jour.4

Trafic et crime organisé

Le traf­ic de cannabis n’entraîne pas autant de vio­lence que pour les autres types de drogues illicites.5 6 Des pra­tiques de séques­tra­tions ou de men­aces armée en Europe7, y com­pris en Suisse8, ont eu lieu. Par­fois, ce sont des migrant·es débouté·es de l’asile et for­cé·es de tra­vailler pour sub­venir à leurs besoins qui cul­tivent.9 Ces vio­lences sont para­doxale­ment ali­men­tées en par­tie par la pro­hi­bi­tion. En effet, la légal­i­sa­tion du cannabis a ten­dance à les réduire et les opéra­tions de police peu­vent les ren­forcer.10

Il arrive aus­si que le traf­ic de cannabis s’entremêle avec d’autres trafics, tels que ceux de la cocaïne, de l’héroïne ou même d’immigrant·es.11 Cela arrive régulière­ment chez les dealers2 en bout de la chaîne de dis­tri­b­u­tion, mais les grossistes s’échangent aus­si par­fois des drogues.12

Précarité

Le traf­ic et la con­som­ma­tion de cannabis sont sou­vent des vases com­mu­ni­cants et sont tous deux en aug­men­ta­tion chez les per­son­nes précarisées.

Pour ce qui est de la stricte con­som­ma­tion chez les jeunes, une étude fin­landaise13 a révélé un accroisse­ment de cette cor­réla­tion entre 2000 et 2015 au tra­vers de plusieurs fac­teurs, du fait de vivre avec ses deux par­ents ou non au niveau d’éducation de ces derniers. Par­mi les adolesecent·es de 14 à 16 ans sondé·es, les moins favorisé·es étaient davan­tage sujet·tes à la con­som­ma­tion, bien qu’on ne con­state pas de crois­sance con­séquente de la con­som­ma­tion régulière au niveau global.

La plu­part des deal­ers sont en sit­u­a­tion de pré­car­ité ou d’insécurité lors de leur entrée dans le traf­ic14 et déci­dent de tir­er prof­it d’une pro­duc­tion ini­tiale­ment per­son­nelle. Toute­fois, des fac­teurs sub­sidi­aires à la pré­car­ité pèsentaus­si dans la bal­ance, tels que l’état civ­il des par­ents, le quarti­er de résidence ou encore la sta­bil­ité du loge­ment15 16 17 18 Dans un arti­cle, la spé­cial­iste française du deal chez les mineurs Kari­ma Esse­ki relève de son expéri­ence « des cul­tures de survie », « un signe de rébel­lion con­tre [l’]exclu­sion » ain­si qu’un manque de recon­nais­sance et d’accès à la culture.

A pri­ori, une légal­i­sa­tion per­me­t­trait le trans­fert d’affectations illé­gales vers des emplois régulés, mais l’envergure de ce trans­fert dépend beau­coup du régime instau­ré. Les frais investis dans la répres­sion pour­raient être redirigés vers la san­té et la préven­tion.19 20 Pour une réelle sor­tie de la pré­car­ité, encore faut-il que des mesures de réin­ser­tion soient instau­rées pour les per­son­nes con­damnées, telles que des pro­grammes d’emploi et des annu­la­tions de casiers judi­ci­aires. Or, aujourd’hui, la réin­ser­tion des deal­ers est générale­ment occultée. Si aucun poli­tique ne les prend en charge, on peut imag­in­er que ces tranficant·es restent dans le marché noir21 ou se repor­tent sur d’autres marchés illé­gaux22.

  1. UNODC. (2022). World Drug Report 2022 : Drug mar­ket trends.[]
  2. Du marché du cannabis au marché du THC en France. Impli­ca­tions pour le sys­tème d’offre et les poli­tiques de lutte con­tre les trafics illicites de stupé­fi­ants | Cairn.info. (s. d.).[]
  3. Fad­er, J. J. (2019). “The Game Ain’t What It Used to Be” : Drug Sell­ers’ Per­cep­tions of the Mod­ern Day Under­ground and Legal Mar­kets. Jour­nal of Drug Issues, 49(1), 57‑73.[]
  4. Skliamis, K., & Korf, D. J. (2022). How Cannabis Users Obtain and Pur­chase Cannabis : A Com­par­i­son of Cannabis Users from Euro­pean Coun­tries with Dif­fer­ent Cannabis Poli­cies. Sub­stance Use & Mis­use, 57(7), 1043‑1051.[]
  5. UNODC. (2009). World Drug Report 2009 : Cannabis mar­ket.[]
  6. EU Drug Mar­ket : Cannabis — Traf­fick­ing and sup­ply | www.emcdda.europa.eu. (s. d.).[]
  7. EU Drug Mar­ket : Cannabis — Key find­ings and threat assess­ment | www.emcdda.europa.eu. (s. d.).[]
  8. Mac­don­ald, S., Erick­son, P., Wells, S., Hath­away, A., & Paku­la, B. (2008). Pre­dict­ing vio­lence among cocaine, cannabis, and alco­hol treat­ment clients. Addic­tive Behav­iors, 33(1), 201‑205.[]
  9. Docher­ty, M., Mul­vey, E., Beard­slee, J., Sweet­en, G., & Par­di­ni, D. (2020). Drug Deal­ing and Gun Car­ry­ing go Hand in Hand : Exam­in­ing How Juve­nile Offend­ers’ Gun Car­ry­ing Changes Before and After Drug Deal­ing Spells across 84 Months. Jour­nal of quan­ti­ta­tive crim­i­nol­o­gy, 36(4), 993‑1015.[]
  10. Moeller, K., & Hesse, M. (2013). Drug mar­ket dis­rup­tion and sys­temic vio­lence : Cannabis mar­kets in Copen­hagen. Euro­pean Jour­nal of Crim­i­nol­o­gy, 10(2), 206‑221.[]
  11. Le gang Jama­hat devant la jus­tice neuchâteloise. (s. d.). Le gang Jama­hat devant la jus­tice neuchâteloise.[]
  12. EU Drug Mar­ket : Cannabis — Crim­i­nal net­works | www.emcdda.europa.eu. (s. d.).[]
  13. Knaap­pi­la, N., Mart­tunen, M., Fröjd, S., Lind­berg, N., & Kaltiala, R. (2020). Changes in cannabis use accord­ing to socioe­co­nom­ic sta­tus among Finnish ado­les­cents from 2000 to 2015. Jour­nal Of Cannabis Research, 2(1), 44.[]
  14. Gup­ta, M. R. and M. (2023, sep­tem­bre 22). Pow­er play of drug mon­ey in an eco­nom­ic cri­sis. IFSA Han­sraj.[]
  15. Knaap­pi­la, N., Mart­tunen, M., Fröjd, S., Lind­berg, N., & Kaltiala, R. (2020). Changes in cannabis use accord­ing to socioe­co­nom­ic sta­tus among Finnish ado­les­cents from 2000 to 2015. Jour­nal Of Cannabis Research, 2(1), 44.[]
  16. b[]
  17. c[]
  18. j[]
  19. e[]
  20. The Evi­dence — and Lack There­of — About Cannabis. (2023, août 25). Johns Hop­kins Bloomberg School Of Pub­lic Health.[]
  21. g[]
  22. Fras­er, Isabelle (2021). Éval­u­a­tion de l’impact de la légal­i­sa­tion du cannabis sur les vendeurs cana­di­ens act­ifs sur les cryp­tomarchés dans les trois mois suiv­ant la légal­i­sa­tion. Mémoire de Maîtrise sci­ences (M.sc.) en crim­i­nolo­gie, Uni­ver­sité de Mon­tréal.[]