Une idée répandue veut que la consommation régulière de cannabis mène à un échec scolaire. En réalité, les situations sont plus complexes. Plutôt que d’inciter les étudiant·e·s à cesser leur consommation, il est préférable de commencer par comprendre si cela affecte réellement leur scolarité. Dans la plupart des cas, les problèmes scolaires sont corrélés à d’autres facteurs que la consommation de cannabis à elle seule.
Pour les jeunesNe pas stigmatiser ni banaliser
Des risques réels
Consommer du cannabis présente malgré tout des risques connus, par exemple sur la capacité de mémorisation et de concentration.1 Les perturbations induites par une consommation chronique peuvent peser dans la balance et finalement constituer un handicap pour une personne déjà en difficulté. Banaliser l’usage de cannabis pourrait mener à une augmentation de ces risques ou du nombre de consommateurs et consommatrices.
Consommer en contexte scolaire
L’école influence la transmission des valeurs aux enfants, mais elle est aussi un lieu où se côtoient le cannabis et ses habitué·es.
Il existe des écoles où l’on fume (le tabac et le cannabis) et d’autres où la coutume est de boire de l’alcool.2 L’école est un environnement favorisant la consommation de substances psychoactives, en offrant le spectacle de camarades s’intoxiquant dans les locaux et en permettant la circulation des substances.3 Prendre du cannabis à l’école devient alors plus facilement une norme sociale.
Une adaptation réussie au milieu scolaire, qui passe en partie par l’adoption de normes sociales, peut jouer sur le comportement vis-à-vis du cannabis : plus les jeunes ont un niveau d’ajustement scolaire élevé (mesuré à partir des performances scolaires et de leurs attitudes envers l’école ou les professeur·es), moins leurs chances de nouer des relations avec des pair·es qui utilisent des substances psychoactives sont élevées.
À l’inverse, l’abandon des études et l’isolement social qu’il implique, de mauvais résultats scolaires et le déficit de compétences sont considérés comme des facteurs de risque pour l’installation de la consommation, voire de la dépendance au cannabis.
L’entourage
Des études ont montré que le nombre de personnes adeptes du cannabis dans l’entourage d’un·e jeune scolarisé·e (âgé·e de 15 à 18 ans) et sa prise ou non de cannabis sont fortement reliés : plus la consommation est élevée dans l’entourage, plus l’adolescent·e voit la prise de marijuana comme quelque chose de positif, qui entraîne le plaisir, le soulagement d’un malaise psychique, et une attitude permissive présumée comme dénuée de risque. Certaines études suggèrent qu’une augmentation de 10% du nombre de consommateurs et consommatrices environnant·es accroît la probabilité de consommation de l’adolescent·e de 5%.4
À l’inverse, le nombre de personnes qui ne consomment pas constitue un facteur protecteur pour l’adolescent : plus ce nombre est élevé, plus les attentes vis-à-vis du cannabis sont négatives et moins la tentation de passer à l’acte est forte.5 Ce constat peut avoir des conséquences intéressantes sur la prévention : encourager les adolescents qui désapprouvent cette drogue à s’exprimer inciterait les indécis·es à refuser la drogue.
Le facteur du genre
Parmi les paramètres caractéristiques d’un groupe social, le genre joue ici un rôle : ce sont avant les modèles masculins qui ont une influence, l’image de jeunes filles prenant de la drogue (alcool, tabac ou cannabis) n’ayant pas ou peu d’impact sur la décision de consommer. Il est à noter que cette influence s’opère de la même façon sur les filles et les garçons.
Un indicateur de difficultés plus larges
Dans les faits, il est difficile d’évaluer précisément l’impact de la consommation de cannabis sur les performances scolaires. Cela tient notamment au fait qu’elle est souvent associée à d’autres difficultés, telles que la consommation d’autres substances (notamment l’alcool), des instabilités familiales, des précarités financières ou sociales. Ces facteurs cumulatifs pèsent lourdement sur les trajectoires éducatives et compliquent l’identification d’un lien de causalité direct. Dans ce contexte, la consommation de cannabis peut être interprétée non pas comme une cause première de l’échec scolaire, mais comme le symptôme d’un mal-être ou de fragilités sous-jacentes.
Un facteur à relativiser
Lorsqu’on prend en compte l’ensemble de ces variables, le cannabis ne semble pas être un meilleur prédicteur de l’échec scolaire que, par exemple, la consommation de tabac.6 Une revue étendue de la littérature souligne d’ailleurs que le lien direct entre usage de cannabis et niveau d’éducation reste incertain.7 Autrement dit, les recherches disponibles ne permettent pas de conclure que le cannabis soit une cause principale des difficultés scolaires, ce qui souligne la nécessité d’examiner d’autres facteurs plus déterminants. À l’inverse, des éléments comme la qualité des relations familiales, la structure du foyer ou le niveau de revenu apparaissent comme des indicateurs beaucoup plus solides du parcours scolaire.8
Les effets cognitifs
S’agissant des effets cognitifs, les données actuelles ne montrent pas de baisse irréversible du Q.I. à long terme liée à la consommation de cannabis, bien qu’une légère diminution ait été observée chez les consommateurs réguliers.9 Des troubles de la mémoire d’apprentissage peuvent également avoir un impact sur les capacités scolaires, essentiellement durant les effets.10
Enfin, les personnes consommatrices présentent en moyenne un niveau de formation et de diplôme moins élevé, ce qui tend à accentuer les inégalités sociales et à maintenir un certain statu quo.
En conclusion
L’important, pour chaque consommateur et consommatrice (ou pour ses proches), c’est de savoir où se trouvent les limites : quand est-ce qu’une consommation épisodique ou récréative devient problématique ? À partir de quand est-elle synonyme d’un mal-être plus sérieux ? Il s’agit d’une question légitime qui requiert le dialogue.
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