L’essentiel à savoir

Le cannabis fumé désigne toute con­som­ma­tion où le cannabis est brûlé et sa fumée inhalée. C’est de loin le mode de con­som­ma­tion le plus répan­du : en Suisse comme ailleurs, la grande majorité des consommateur·rices de cannabis le fument, le plus sou­vent en joint, mélangé ou non à du tabac. Le bang et le dab sont des pra­tiques moins courantes, mais en progression.

Fumer du cannabis n’a pas les mêmes effets sur l’or­gan­isme que d’autres modes de con­som­ma­tion. La com­bus­tion pro­duit des sub­stances spé­ci­fiques qui agis­sent directe­ment sur les voies respiratoires.

Comment la fumée agit dans le corps ?

Lorsqu’on fume du cannabis, la fumée pénètre dans les poumons avant de pass­er dans la cir­cu­la­tion san­guine. Les effets appa­rais­sent en 10 min­utes env­i­ron et peu­vent dur­er plusieurs heures. 1

La durée, l’intensité et la nature des effets dépen­dent de la per­son­ne, du cannabis util­isé et de la quan­tité con­som­mée. La per­son­ne peut ressen­tir un sen­ti­ment d’euphorie et de détente. Mais fumer du cannabis ralen­tit aus­si le temps de réac­tion et réduit les capac­ités de con­cen­tra­tion. 2 C’est pourquoi, après avoir con­som­mé, il est recom­mandé de ne pas pren­dre le volant, par exemple.

Les risques spécifiques liés à la fumée

Fumer du cannabis, quelle que soit sa forme, implique d’in­haler de la fumée. Or la com­bus­tion pro­duit des mil­liers de com­posés nocifs, irri­tants, can­cérigènes, qui pénètrent directe­ment dans les poumons. La fumée est sou­vent inhalée plus pro­fondé­ment et retenue plus longtemps, ce qui accroît l’ex­po­si­tion aux sub­stances tox­iques. 3 Des sub­stances nocives peu­vent égale­ment venir de la mau­vaise qual­ité du cannabis acheté sur le marché noir, comme des impuretés ou de la moi­sis­sure. 4

Comme le cannabis est sou­vent fumé avec du tabac, le risque d’addiction au tabac et tous les effets nocifs liés au tabag­isme sont aus­si vrais : mal­adies pul­monaires, risques de can­cer, etc. La con­som­ma­tion de cannabis avec des appareils de vapor­i­sa­tion sans ajout de tabac per­met d’éliminer les risques liés au tabac en tant que tel. 3

À court terme comme à long terme, fumer du cannabis régulière­ment, surtout s’il est fort, peut nuire à la san­té et provo­quer des symp­tômes divers. 5

  • Toux chronique
  • Bron­chite à répétition
  • Res­pi­ra­tion sifflante
  • Maux de gorge
  • Can­cers de voies respiratoires
  • Mal­adie cardio-vasculaire

Réduire les risques en fumant du cannabis

Si vous fumez du cannabis, cer­tains gestes per­me­t­tent de lim­iter les risques :

  • Utilis­er un fil­tre : il per­met de réduire en par­tie les sub­stances tox­iques inhalées, mais sans les élim­in­er totale­ment 3
  • Préférez le vapor­isa­teur au joint : les vapor­isa­teurs chauf­fent le cannabis sans le bruler ce qui per­met d’éviter la plu­part des sub­stances nocives libérées par la com­bus­tion. Sans tabac ajouté, il sup­prime les risques liés à la nico­tine. Cepen­dant, même si les résul­tats sont encour­ageants, il n’existe pas encore assez d’études pour éval­uer entière­ment les risques de vaporisateurs.
  • Restez attentif·ve à l’entourage : comme pour le tabac, des sci­en­tifiques com­men­cent à éval­uer les effets de la fumée pas­sive du cannabis. 6 C’est-à-dire, les effets de la fumée sur les per­son­nes présentes dans l’espace où du cannabis est fumé, mais qui ne fument pas elles-mêmes. Alors, fumez dehors ou dans un espace bien ventilé.

Le bang : plus intense, mais pas plus sûr

Le bang, ou pipe à eau, pro­duit une grande quan­tité de fumée, refroi­die avant d’être inhalée. Ses effets arrivent plus vite et sont plus puis­sants qu’avec un joint, ce qui le rend attrac­t­if. Con­traire­ment à une idée répan­due, l’eau fil­tre davan­tage le THC que les goudrons. Résul­tat : pour ressen­tir les mêmes effets qu’avec un joint, on a ten­dance à inhaler plus de fumée, et donc plus de sub­stances tox­iques.7

Les inhala­tions sont aus­si plus longues et plus pro­fondes, ce qui aggrave les dom­mages aux poumons. Des symp­tômes res­pi­ra­toires sérieux ont été observés, comme des crachats noirâtres ou des saigne­ments pulmonaires.

Les risques sont égale­ment liés à la qual­ité du matériel. Les bangs arti­sanaux fab­riqués à par­tir de canettes ou de bouteilles en plas­tique sont par­ti­c­ulière­ment dan­gereux : ces matéri­aux libèrent des vapeurs tox­iques quand ils chauf­fent.8 Cer­tains mod­èles ven­dus dans le com­merce con­ti­en­nent aus­si des pièces en plas­tique ou en acrylique à éviter. Le verre reste le matéri­au idéal : inerte et facile à net­toy­er, il est bien mieux adap­té à la combustion.

Pour lim­iter les risques :

  • Net­toy­er le bang régulière­ment (eau et savon ou alcool ali­men­taire) et chang­er l’eau après chaque utilisation.
  • Ne pas le partager : le tuyau est un vecteur de trans­mis­sion des mal­adies res­pi­ra­toires.9
  • L’u­tilis­er dans un endroit ven­tilé, car la fumée pro­duite reste nocive pour les per­son­nes présentes.10

En l’ab­sence d’é­tudes suff­isantes sur les effets res­pi­ra­toires du bang, la pru­dence s’im­pose. Son usage devrait rester le plus occa­sion­nel pos­si­ble. Le vapor­isa­teur est une alter­na­tive qui évite la com­bus­tion et le partage de matériel.

Le « dab »

Le dab con­siste à vapor­is­er un con­cen­tré de cannabis à très haute teneur en THC, à l’aide d’un bang adap­té ou d’un couteau chauf­fé à blanc. La vapeur obtenue est très puis­sante, ce qui en fait une pra­tique par­ti­c­ulière­ment addic­tive. Elle est forte­ment décon­seil­lée, surtout pour les per­son­nes débu­tantes, qui peu­vent être sur­pris­es par l’in­ten­sité des effets. 11 Le dab peut provo­quer des symp­tômes graves néces­si­tant une hos­pi­tal­i­sa­tion et un traite­ment médica­menteux.12

  1. Addic­tion Suisse. (s. d.). Cannabis : effets et risques — Mode de con­som­ma­tion.[]
  2. Cen­tre cana­di­en sur les dépen­dances et l’usage de sub­stances. (2020). Les effets du cannabis fumé : ce qu’il faut savoir [Fiche d’in­for­ma­tion]. CCDUS.[]
  3. Sam­bi­a­gio, N., Aires Guer­ra Iria, D., Auer, R., Schöni, A., & Berthet, A. (2023). Tox­i­co­log­i­cal assess­ment of aerosols emit­ted by cannabis inhala­tion meth­ods : Does cannabis vap­ing using Elec­tron­ic Non-Nico­tine Deliv­ery Sys­tems (ENNDS) and vapor­iz­ers reduce expo­sure to tox­i­cants com­pared to cannabis smok­ing ? Office fédéral de la san­té publique (OFSP).[][][]
  4. Office fédéral de la san­té publique. (2023). Fumer des joints — quelles sont les sub­stances tox­iques cachées ? [Fiche d’in­for­ma­tion].[]
  5. Cen­tre cana­di­en sur les dépen­dances et l’usage de sub­stances. (2020). Les effets du cannabis fumé : ce qu’il faut savoir [Fiche d’in­for­ma­tion]. CCDUS.[]
  6. Lev­asseur, M.-E., Poulin, P., & Leclerc, J.-M. (2021). Effets sur la san­té asso­ciés à l’ex­po­si­tion à la fumée sec­ondaire de cannabis dans les milieux intérieurs. Insti­tut nation­al de san­té publique du Québec (INSPQ).[]
  7. Gieringer, D. (1996). Mar­i­jua­na water pipe and vapor­iz­er study. MAPS/NORML.[]
  8. Will­hite, C. C., Karyak­i­na, N. A., Yokel, R. A., Yenu­gad­hati, N., Wis­niews­ki, T. M., Arnold, I. M. F., Momoli, F., & Krews­ki, D. (2014). Sys­tem­at­ic review of poten­tial health risks posed by phar­ma­ceu­ti­cal, occu­pa­tion­al and con­sumer expo­sures to metal­lic and nanoscale alu­minum, alu­minum oxides, alu­minum hydrox­ide and its sol­u­ble salts. Crit­i­cal reviews in tox­i­col­o­gy, 44(Sup­pl 4), 180[]
  9. Kumar, A., Soo, C. I., Ng, B., Has­san, T., Ban, A., & Abdul Man­ap, R. (2018). Mar­i­jua­na “bong” pseudomonas lung infec­tion: A detri­men­tal recre­ation­al expe­ri­ence. Respirol­o­gy Case Reports, 6.[]
  10. Nguyen, P. K., & Ham­mond, S. K. (2022). Fine Par­tic­u­late Mat­ter Expo­sure From Sec­ond­hand Cannabis Bong Smok­ing. JAMA Net­work Open, 5(3), e224744.[]
  11. Mullins, M. F. (2021). Cannabis dab­bing. Nurs­ing, 51(5), 4650.[]
  12. Alzghari, S. K., Fung, V., Rick­n­er, S. S., Chacko, L., & Flem­ing, S. W. (2017). To Dab or Not to Dab: Ris­ingCon­cernsRegard­ingtheTox­i­c­i­tyof CannabisCon­cen­trates.Cureus, 9(9), e1676.[]