Troubles schizophréniques et cannabis : quels liens ?

 

Qu’est-ce que les troubles schizophréniques ?

Les trou­bles schiz­o­phréniques sont des trou­bles psy­chiques sévères qui mod­i­fient pro­fondé­ment la façon dont une per­son­ne perçoit la réal­ité, pense et ressent les choses. 2 Ils appa­rais­sent le plus sou­vent en fin d’ado­les­cence ou entre 20 et 30 ans. Leur diag­nos­tic est long et com­plexe, car les symp­tômes peu­vent vari­er forte­ment d’une per­son­ne à l’autre.

On dis­tingue générale­ment des symp­tômes dits posi­tifs :

  • des délires per­sis­tants (croire fer­me­ment quelque chose de faux mal­gré les preuves du contraire),
  • des hal­lu­ci­na­tions (enten­dre, voir ou ressen­tir des choses inexistantes),
  • une désor­gan­i­sa­tion de la pen­sée ou du comportement,

des symp­tômes dits négat­ifs comme :

  • un repli sur soi,
  • une perte d’in­térêt ou d’énergie,
  • une réduc­tion des émo­tions exprimées

Les caus­es des trou­bles schiz­o­phréniques sont mul­ti­ples et encore par­tielle­ment com­pris­es : fac­teurs géné­tiques, expéri­ences trau­ma­tiques pré­co­ces, envi­ron­nement social, qui néces­si­tent sou­vent un diag­nos­tic long et complexe.

Relation entre cannabis et troubles schizophréniques

Plusieurs études ont observé que les adolescent·e·s qui con­som­ment du cannabis sont plus nombreux·ses à dévelop­per des trou­bles schiz­o­phréniques que ceux·celles qui n’en con­som­ment pas. 3 Cette cor­réla­tion a amené certain·e·s chercheur·se·s à se deman­der si le cannabis pou­vait en être un fac­teur déclencheur. Pour­tant, à ce jour, aucune preuve con­clu­ante ne per­met d’af­firmer que le cannabis provoque l’ap­pari­tion des trou­bles schiz­o­phréniques. 4

Il est bon de rap­pel­er que cor­réla­tion n’est pas causal­ité, deux phénomènes qui vont ensem­ble ne sig­ni­fient pas que l’un cause l’autre. C’est un peu l’his­toire de la poule et de l’œuf. Est-ce que le cannabis déclenche des symp­tômes schiz­o­phréniques ? Ou est-ce que cer­taines per­son­nes, déjà frag­ilisées, con­som­ment pour soulager un mal-être qui précède les trou­bles ? Les deux dynamiques peu­vent coex­is­ter, et aucune n’ex­clut l’autre.

Une autre hypothèse, appuyée par des études géné­tiques récentes, sug­gère que les trou­bles schiz­o­phréniques et la con­som­ma­tion de cannabis pour­raient partager des caus­es com­munes, comme cer­taines prédis­po­si­tions géné­tiques ou des expéri­ences trau­ma­tiques, qui expli­queraient à la fois l’ap­pari­tion des trou­bles et le risque plus élevé de con­som­ma­tion.5

Emergence de symptômes pré-existants

En cas de forte con­som­ma­tion, le THC peut provo­quer des épisodes psy­cho­tiques pas­sagers : hal­lu­ci­na­tions, délires, qui dis­parais­sent en quelques heures ou jours. Mais il  ne s’ag­it pas d’un trou­ble schizophrénique.

Chez les per­son­nes déjà vul­nérables, le cannabis peut en revanche pré­cip­iter ou aggraver des symp­tômes exis­tants. 6 Les per­son­nes qui ont un trou­ble schiz­o­phrénique qui con­som­ment du cannabis sont donc plus sus­cep­ti­bles de man­i­fester ces trou­bles. Le THC en par­ti­c­uli­er a ten­dance à accentuer les symp­tômes déli­rants. À l’in­verse, le CBD aurait plutôt un effet posi­tif sur les symp­tômes des trou­bles schiz­o­phréniques. 7

 

En conclusion

L’idée que le cannabis aug­mente le risque d’apparition d’un trou­ble schiz­o­phrénique n’est pas démon­trée à ce jour. Le lien entre les deux est prob­a­ble­ment plus com­plexe, et chercher une sim­ple rela­tion de cause à effet ne rend pas compte de la réal­ité de la san­té mentale.

De plus, stig­ma­tis­er les per­son­nes qui ont un trou­ble schiz­o­phrénique qui con­som­ment du cannabis risque de les éloign­er des soins plutôt que de les encour­ager à chercher l’aide dont elles pour­raient avoir besoin. Une approche sans juge­ment est essen­tielle pour main­tenir le lien et favoris­er l’ac­cès aux soins.

  1. Vazquez, J. V., Rodríguez, M. G., Alon­so, M. C. Y., Men­guiano, C. M., & Sánchez, F. G. (2022). Rela­tion­ship between cannabis use and schiz­o­phre­nia. Euro­pean Psy­chi­a­try, 65(S1), S469.[]
  2. Psy­com. (2025). Trou­bles schiz­o­phréniques (Brochure Trou­bles psy­chiques).[]
  3. Vazquez Vazquez, J. J., Gutiér­rez Rodríguez, M. M., Cor­ral Y Alon­so, M. D. L. A., Moreno Men­guiano, C., & Gar­cia Sánchez, F. (2022). Rela­tion­ship between cannabis use and schiz­o­phre­nia. Euro­pean Psy­chi­a­try65(Sup­pl 1), S469.[]
  4. GREA. (2017). San­té men­tale et cannabis : Stop à l’enfu­mage.[]
  5. Cheng, W., Park­er, N., Karadag, N., Koch, E., Hind­ley, G., Ici­ck, R., Shadrin, A., O’Connell, K. S., Bjel­la, T., Bahra­mi, S., Rah­man, Z., Tes­faye, M., Jaholkows­ki, P., Røde­vand, L., Holen, B., Lager­berg, T. V., Steen, N. E., Djurovic, S., Dale, A. M., … Andreassen, O. A. (2023). The rela­tion­ship between cannabis use, schiz­o­phre­nia, and bipo­lar dis­or­der : A genet­i­cal­ly informed study. The Lancet Psy­chi­a­try10(6), 441‑451.[]
  6. Hall, W., & Degen­hardt, L. (2008). Cannabis use and the risk of devel­op­ing a psy­chot­ic dis­or­der. World Psy­chi­a­try, 7(2), 68‑71.[]
  7. D’Souza, D. C., Sewell, R. A., & Ran­ganathan, M. (2009). Cannabis and psychosis/schizophrenia : Human stud­ies. Euro­pean archives of psy­chi­a­try and clin­i­cal neu­ro­science259(7), 413‑431.[]