Une réglementation claire, mais qui fait débat 

La con­som­ma­tion de cannabis est inter­dite en com­péti­tion sportive depuis 1998. Mais ses effets réels sur la per­for­mance sont con­testés, et sa clas­si­fi­ca­tion comme dopant font débat.

Ce que dit la réglementation

« Est con­sid­éré comme dopage l’u­til­i­sa­tion de sub­stances et de tous moyens des­tinés à aug­menter arti­fi­cielle­ment le ren­de­ment en vue ou à l’oc­ca­sion de la com­péti­tion, ce qui peut porter préju­dice à l’éthique sportive et à l’in­tégrité physique et psy­chique de l’athlète ».

Le cannabis fig­ure sur la liste des pro­duits inter­dits du Comité Inter­na­tion­al Olympique depuis 1998. L’A­gence Mon­di­ale Anti-Dopage (WADA) l’a inté­gré a sa liste en 2004. L’in­ter­dic­tion ne s’ap­plique qu’en com­péti­tion : les con­trôles ne peu­vent avoir lieu qu’à ce moment-là.

Pour qu’une sub­stance soit classée comme dopante, la WADA exige qu’elle rem­plisse au moins deux des trois critères suivants :

  1. Poten­tiel à amélior­er les per­for­mances sportives
  2. Risque poten­tiel ou réel pour la santé
  3. Vio­la­tion de l’e­sprit du sport

Le cannabis a été jugé con­forme à ces critères. Mal­gré cela, cette drogue est fréquem­ment con­som­mée par les ath­lètes. La WADA con­state que les cannabi­noïdes font par­tie des sub­stances les plus sou­vent retrou­vées lors des con­trôles.1

1. Le cannabis peut-il améliorer les performances sportives ?

Le principe act­if majori­taire du cannabis est le tétrahy­dro­cannabi­nol (THC). Cette molécule pour­rait se révéler béné­fique pour cer­taines dis­ci­plines sportives : à faibles dos­es, elle favorise la relax­ation mus­cu­laire, réduit l’anx­iété ain­si que les sou­venirs anx­iogènes, et pour­rait même amélior­er la per­cep­tion visuelle. L’ensem­ble de ces effets est sus­cep­ti­ble de con­tribuer à une meilleure per­for­mance sportive.2 Par ailleurs, une amélio­ra­tion de la qual­ité du som­meil et de la récupéra­tion a égale­ment été observée.3

D’autres études1 indiquent que le cannabis mod­i­fie la fréquence res­pi­ra­toire, le rythme car­diaque, et poten­tielle­ment l’oxygé­na­tion des tis­sus. Il agit en out­re comme anal­gésique, ce qui pour­rait per­me­t­tre aux ath­lètes de con­tin­uer à s’en­traîn­er mal­gré des blessures ou des douleurs liées à la fatigue.

Enfin, une enquête4 menée auprès de 1 152 étudiant·e·s en sport en France a mis en évi­dence que le cannabis était con­som­mé prin­ci­pale­ment pour ses pro­priétés relax­antes, dans le but d’amélior­er les per­for­mances sportives. De manière notable, plus le niveau de com­péti­tion était élevé, plus le recours au cannabis s’avérait fréquent.

2. Des risques pour la santé des sportifs et sportives ?

La WADA part du principe que le cannabis représente un risque poten­tiel ou réel pour la san­té. Ses effets négat­ifs sur la cog­ni­tion peu­vent nuire aux com­pé­tences essen­tielles req­ui­s­es dans les sports à risques, notam­ment la prise de déci­sion et la vig­i­lance. Cela peut men­er à des acci­dents ou des blessures et à de mau­vais­es per­for­mances.1 Bien que l’on admette une dépré­ci­a­tion des capac­ités pen­dant env­i­ron 8h, il existe des cas faisant rap­port d’ef­fets indésir­ables pen­dant 24h.

3. Une violation de l’esprit du sport ?

La WADA con­sid­ère que la con­som­ma­tion de cannabis est con­traire à l’e­sprit du sport, qui se car­ac­térise par plusieurs valeurs : éthique, hon­nêteté, respect des lois et des règles.

Le dopage : une définition arbitraire ?

La notion de « dopant », à l’instar de celle de « drogue », reste un terme com­pliqué à définir d’un com­mun accord. Par exem­ple, le sucre améliore les per­for­mances sportives et a des risques pour la san­té. Il n’est pour­tant pas con­sid­éré comme un dopant alors qu’il rem­plit tout à fait les critères de la WADA. L’usage de cannabis à but récréatif ou médi­cal peut empêch­er des ath­lètes de par­ticiper aux com­péti­tions, ce qui peut être vu comme une pra­tique discriminante. 

De plus, les effets dopants du cannabis sont remis en ques­tion par dif­férentes études expli­quant que l’évidence con­cer­nant des effets avan­tageux du THC en com­péti­tion reste très faible.5 6

 Les régle­men­ta­tions strictes en matière de con­trôles anti-dopage peu­vent par­fois engen­dr­er des effets inat­ten­dus et con­tre-pro­duc­tifs. Plusieurs expert·e·s étab­lis­sent un par­al­lèle entre cette poli­tique de tolérance zéro et celle menée dans le cadre de la guerre con­tre la drogue.

Comment est détecté le cannabis ?

Lors des com­péti­tions, les traces de cannabis sont analysées dans les urines. Le THC n’est pas directe­ment recher­ché car il est un peu capricieux à détecter. Une fois con­som­mé, il va se retrou­ver en con­tact avec le foie, qui va chercher à l’éliminer. C’est ain­si qu’est créée une nou­velle sub­stance non psy­choac­tive, le THC-COOH. C’est ce dernier qui est recher­ché, car le THC dis­parait trop rapi­de­ment pour don­ner des résul­tats fiables.7 Le seuil de détec­tion est fixé par la WADA à 150 nanogrammes par mil­li­l­itre d’urine.8 C’est un seuil bas ; c’est pourquoi cer­taines per­son­nes con­som­mant régulière­ment du cannabis peu­vent rester pos­i­tives pen­dant plus de deux semaines.7 Cepen­dant, les per­son­nes exposées unique­ment à de la fumée pas­sive ne devraient pas être considéré·e·s comme pos­i­tives, même juste après expo­si­tion.9

Si le pre­mier test est posi­tif, un deux­ième test de con­fir­ma­tion plus long et plus pré­cis est sys­té­ma­tique­ment réal­isé.7 Cela per­met d’éviter de faux posi­tifs et aus­si de véri­fi­er plus pré­cisé­ment la quan­tité de THC-COOH présente.

  1. Huestis, M. A., Maz­zoni, I., & Rabin, O. (2011). Cannabis in sport : Anti-dop­ing per­spec­tive. Sports Med­i­cine (Auck­land, N.Z.), 41(11), 949‑966.[][][]
  2. Ash­ton, C. H. (2001). Phar­ma­col­o­gy and effects of cannabis : A brief review. The British Jour­nal of Psy­chi­a­try : The Jour­nal of Men­tal Sci­ence, 178, 101‑106.[]
  3. Saugy, M., Avois, L., Saudan, C., Robin­son, N., Giroud, C., Man­gin, P., & Dvo­rak, J. (2006). Cannabis and sport. British Jour­nal of Sports Med­i­cine, 40(Suppl 1), i13‑i15.[]
  4. Lorente, F. O., Peretti-Watel, P., & Grelot, L. (2005). Cannabis use to enhance sportive and non-sportive per­for­mances among French sport stu­dents. Addic­tive Behav­iors, 30(7), 1382‑1391.[]
  5. Aguiar, A. S. (2023). Cannabis Is Not Dop­ing. Cannabis and Cannabi­noid Research, 8(6), 949‑954.[]
  6. Burr, J. F., Che­ung, C. P., Kasper, A. M., Gill­ham, S. H., & Close, G. L. (2021). Cannabis and Ath­let­ic Per­for­mance. Sports Med­i­cine (Auck­land, N.z.), 51(Suppl 1), 75‑87.[]
  7. Urine Test­ing for Detec­tion of Mar­i­jua­na : An Advi­so­ry. (s. d.).[][][]
  8. WADA Exec­u­tive Com­mit­tee approves 2023 Pro­hib­it­ed List. (2022, sep­tem­bre 23). World Anti Dop­ing Agency.[]
  9. Berthet, A., De Cesare, M., Favrat, B., Spork­ert, F., Augs­burg­er, M., Thomas, A., & Giroud, C. (2016). A sys­tem­at­ic review of pas­sive expo­sure to cannabis. Foren­sic Sci­ence Inter­na­tion­al, 269, 97‑112.[]